Tuesday, August 07, 2007

J'ai reçu cette petite réflexion d'un ami qui réside au Canada (Montréal). Je pense que ses remarques sont pertinentes. Merci Joseph

Les interventions d’Amine Gemayel et de Michel Aoun à la suite des partielles du Metn, et leur interprétation respective des résultats illustre parfaitement les différences fondamentales dans la lecture de la réalité politique actuelle au Liban, particulièrement en ce qui concerne les chrétiens. Deux points de vue s’opposent :

1- Amine Gemayel prétend, au vu des résultats des élections, qu’il est le «zaïm» des maronites, et que Michel Aoun a perdu cette qualité (qu’il n’a jamais revendiquée, à ma connaissance).

2- Michel Aoun prétend, au vu des mêmes résultats que, plus que jamais, il est représentatif des chrétiens, les orthodoxes et les arméniens n’étant pas moins libanais que les maronites, outre que son candidat a tout de même obtenu plus de la moitié du vote de ces derniers.



En fait, la première interprétation se fait à la lumière des données de 1975 et du Maronitisme politique qui a caractérisé l’opposition chrétienne aux objectifs de la guerre de 1975-1989, soit principalement la mainmise des sunnito-joumblatistes sur le pouvoir comme préalable à l’implantation des Palestiniens. Face à cette menace, le maronitisme politique voyait dans la chrétienté libanaise le prolongement de l’Occident en Orient, et dans les maronites les chefs de file de cette chrétienté libanaise. Le maronitisme politique s’appuyait donc sur l’Occident dans sa lutte. Cette interprétation était également centrée sur les luttes politiques dans le cadre de l’ensemble Beyrouth Mont-Liban, la périphérie formée du Nord, de la Békaa et du Sud, étant marginalisée, sinon carrément ignorée.



La deuxième interprétation prend en compte les nouvelles données internes, à savoir l’affaiblissement évident des maronites à la suite d’abord de la désastreuse défaite de Geagea au Chouf en 1983-1984, puis de la guerre fratricide que ce même Geagea a conduite en 1989. Aujourd’hui, pour avoir de nouveau voix au chapitre de la politique au Liban, il n’est pas excessif de chercher à unifier les rangs de l’ensemble des chrétiens au-delà des seuls maronites. A contrario, il est tout à fait erratique de se baser sur le vote de la moitié des maronites du Metn Nord, pour prétendre représenter tous les chrétiens du Liban. Est prise également en compte la montée évidente des chiites sur la scène politique, leur attachement fervent et bien réel à l’indépendance du Liban (leur ultime refuge exactement comme pour les chrétiens), et leur refus de l’implantation palestinienne qui leur ferait autant de tort qu’aux chrétiens. Elle prend donc en compte, non plus l’ensemble Beyrouth Mont-Liban, mais la totalité du territoire et des citoyens libanais. Elle ne néglige pas non plus le changement dans l’attitude de l’Occident aujourd’hui favorable à l’implantation palestinienne qui présente pour lui plusieurs avantages :

a) Contribuer à la solution du problème Israël-Palestine en réglant la question du «droit au retour»

b) Donner satisfaction aux «pays arabes modérés» en renforçant le sunnisme au Liban et en lui donnant, à toutes fins pratiques, la totalité du pouvoir. Nous en avons déjà un avant-goût.

c) En mettant un frein à l’ascension des chiites au Liban.



Sacrifier les chrétiens du Liban sur l’autel de ces objectifs ne pose pas à l’Occident un problème majeur. Les projets sunnito-joumblatistes de 1975 (implantation palestinienne) restent les mêmes en 2007. Ce qui est étrange, c’est de voir Gemayel, Geagea, le patriarcat maronite s’y rallier aujourd’hui. On est en droit de se demander pourquoi.



D’autre part, sur le plan régional, et ce n’est pas le moindre changement, la politique libanaise ne s’inscrit plus dans le cadre étroit de la Ligue Arabe et du Proche Orient. Ce sont les Américains eux-mêmes qui ont élargi ce cadre au Grand Moyen Orient, ce qui inclut l’Iran, à tout le moins. Ce serait donc un aveuglement criminel de ne pas tenir compte de cette donnée nouvelle. Il y a une génération, il nous fallait tenir en équilibre entre la Syrie et l’Iraq, en même temps qu’entre l’Arabie Saoudite et l’ةgypte. Nous constatons aujourd’hui que l’Iraq est hors jeu, et que la Syrie est obligée de tabler sur l’Iran pour sortir de son isolement. Quant à l’ةgypte, elle ne joue plus qu’un rôle mineur, en retrait des Saoudiens wahhabites, restés les seuls acteurs qui comptent vraiment dans le cadre de la Ligue Arabe. Face à cette dangereuse toute puissance il nous faut, pour la survie même du Liban et de l’idée libanaise, tabler sur une alliance des minorités à l’échelle de la région tout entière. De ce fait, l’Iran devient un contrepoids obligé qu’il serait criminellement stupide de négliger.



C’est Kamal Joumblatt qui accusait les maronites d’isolationnisme. C’est peut-être là une des choses les plus justes qu’il ait jamais dites. Il nous faut absolument sortir de notre isolement, cesser de nous considérer comme un morceau d’Occident (c’est un mythe auquel les Occidentaux eux-mêmes n’ont jamais cru), et jouer à fond la carte de notre profond enracinement dans la chrétienté d’Orient. Celle-ci va de la Géorgie, de l’Arménie et de l’Iran jusqu’à l’Égypte.

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1 comment:

frenchy said...

Sur les chiites tout d'abord
la montée du chiisme est inéluctable démographiquement parlant. En raison de la confessionalité du Liban, on se retrouvera tout ou tard face à des tensions revendicatives. Les partis comme le courant chiite libre etc... sont des partis élitistes et ils ne feront jamais le poid face à des partis populistes ayant un système social et militaire comme le Hezbollah ou Amal. Donc il faut ou libaniser et séculariser la société libanaise ou il faut composer quand on a encore quelques cartes en main. La 3ème solution, eugéniste est elle à totalement exclure bien sur.

Sur le maronitisme politique, je pense que si le maronisme avait réellement existé, on aurait eu un pouvoir suffisament fort pour ne pas tomber dans la guerre civile en 75. Il s'agissait plus de gonfler les torses des leaders maronites chrétiens de l'époque et de trouver une cause à combattre de l'autre coté.